Ainsi fut fondée Carneby Street
  • Éditeur: Le grand os
  • Rencard:
  • Langue: Frances
  • ISBN: 2912528224
  • Tags: poèmes, poésie, témoignage, comics, recueil,

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Livre publié en septembre 2015, traduit de l'espagnol par Víctor Martínez et Aurelio Díaz Ronda, d'après Víctor MartínezGender : poésiePrix : 12 eurosEditeur : Le grand os (Toulouse)Collection : QOI n°688 pagesFormat 13x18 cm.

Leopoldo Maria Panero

Leopoldo Maria Panero

Nationalité : Espagne Né à : Madrid, le 16 juin 1948 Mort à : Las Palmas, le 5 mars 2014 Biographie : Poète, essayiste, narrateur, traducteur espagnol. Fils de Leopoldo Panero, poète franquiste, Leopoldo María Panero s'est engagé dans sa jeunesse contre le franquisme, ce qui l'a conduit plusieurs fois en prison. Il sera hospitalisé plusieurs fois pour consommation de drogues et homosexualité. En 2003, il a reçu le "Prix littéraire de l'étain" pour son anthologie Poesía completa, qui est encore peu traduite en France. Source Wikipédia Ajouter des informations

Critiques

21-03-2019

Les excellentes éditions toulousaines du Grand Os, que j'ai découvertes il y a quelques mois par hasard, publient cet ensemble de deux longs textes et d'une douzaine de courts poèmes de l'espagnol Leopoldo María Panero, dans son recueil Qoi et dans une traduction de Víctor Martínez et Aurelio Díaz Ronda. "Tarzan trahi" date de 1967 et "Ainsi fut fondée la rue Carnaby", qui le précède dans cette somptueuse édition, a été publiée en 1970. A cette époque, alors qu'il avait une vingtaine d'années (il est né en 1948), Leopoldo María Panero s'est libéré à sa manière de l'inconfortable héritage de son père Leopoldo, poète récompensé par le régime franquiste, en menant des expériences psychédéliques particulières et certaines affirmations sur son homosexualité, qui l'ont conduit à plusieurs internements psychiatriques. D'une formidable maîtrise de ce qui n'était pas encore connu sous le nom de "culture pop" à l'époque, il cultivait une vision hallucinatoire et affinée de la mort programmée des rêves d'enfance et de la dissolution mercantile déjà annoncée sous le prétexte de "libération". Avec la participation de Peter Pan, Mandrake, Tarzan, Dashiell Hammett, Cecil B. de Mille, Captain Wonder, Disney, Grimm, Andersen ou le mystérieux Homme Jaune, continue en paragraphes mordants, allant de quelques lignes à quelques pages, le meurtre, mené avec une rare tendresse, de tous les mythes qui ont pu nourrir notre enfance, sous le signe emblématique des Rolling Stones, auquel, ironiquement, "C'est ainsi que Carnaby Street a été fondée" est dédié, détectant très vite, dans une analyse Gramstian instinctive, que derrière les t-shirts de Londres, c'est déjà la Marchandise qui prépare son triomphe. Bien qu'il n'utilise que des formes courtes ou très courtes, il nous offre un flux presque épique à travers ces 65 pages. Le précieux épilogue de Víctor Martínez rappelle avec justesse l'irrigation deleuzienne qui émousse ces versets troublants et cette prose aiguë, et la façon dont se fonde ainsi un "simulacre basé sur un vide de sens, organisateur de mythes consommables, producteur de destinations vivantes mais éloignées, coupées, séparées d'une conscience historique, finalement peu individualisées". C'est avec une joie sombre et belle que le lecteur se plongera dans ces phrases tendres, vivantes et indispensables, où toute une "Logique du Sens" s'effondre paisiblement dans une si douce apocalypse.

20-03-2019

Leopoldo Maria Panero a publié "Ainsi fut fondée Carnaby Street" en 1970, à l'âge de 22 ans, alors qu'il avait déjà vécu un certain nombre d'expériences inhabituelles et une réputation (justifiée) d'agitateur politique. Le recueil se compose de textes courts (de quelques mots à une page et demie) et puissants. Non chargé de cohérence, l'auteur alterne listes, collages spasmodiques et scènes comme s'il s'agissait de la meilleure littérature de pâte assemblée. Nous ne trouverons certainement pas de lien direct dans les écrits de Panero avec ses expériences de ses limites, mais plutôt des réponses à des jeux d'un texte à l'autre et, surtout, une manière unique d'emprunter des thèmes, des motifs et des personnages de tous horizons. Le recyclage des fantasmes et des influences est total et le monde de Panero ressemble à ces coffres à jouets qui permettent aux enfants d'improviser des histoires avec une poupée, un GI Joe et trois soldats de plomb ; ou mieux encore, ces constructions adolescentes qui consistent à coller des articles de presse, des morceaux de texte, des dessins et photographies sur un mur dans un corps exquis et constamment en expansion, un témoignage à l'heure où un individu est construit : une forme d'expression indistincte, la naissance d'une individualité par l'accumulation et la remobilisation de références. On y retrouve des personnages comiques (Batman et Mandrake), des groupes de rock (le livre est dédié aux Rolling Stones, mais c'est plutôt l'ombre psychédélique du Pink Floyd que l'on voit), quelques influences littéraires (Peter Pan, devenu Peter Punk), la mémoire vivante de quelques histoires (Le Joueur de flûte de Hamelin), ainsi que quelques influences philosophiques (Deleuze). A travers ces croix improbables, Panero a créé une sorte de pays imaginaire, à des milliers de kilomètres du monde que les franquistes et l'Eglise catholique espagnole travaillaient à créer en 1970. Et ces textes nous rappellent qu'avec la poésie on peut tout attendre, même l'ouverture à un autre lieu que l'on construirait pour soi-même, que la poésie entretient un lien essentiel avec la liberté, qui serait même le dernier instrument de libération, celui qui nous permet de nous libérer de la gravité du quotidien, de recombiner notre existence selon nos envies, nos fascinations. Et Panero de démontrer que l'on peut aussi procéder par agrégation, que l'acceptation de ses propres plaisirs et le développement de son propre goût, libre de toute référence imposée ou socialement acceptable, est bien une voie vers l'auto-construction. Profitons de cette occasion pour saluer le travail fascinant de l'éditeur Le Grand Os, éditeur de poésie depuis 1997, qui réalise un travail fondamental et pionnier, mais pas encore suffisamment identifié par les lecteurs.