L'imagiaire vergner: Pictopoèmes
  • Éditeur: ÉLP éditeur
  • Rencard:
  • Langue: Frances
  • ISBN: 2923916751
  • Tags: fantastique, poèmes, poésie, art, langues,

Télécharger le livre L'imagiaire vergner: Pictopoèmes gratuitement en français gratuitement

Le principe pictopoétique que nous développons ici provient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie de la collection Alcools (1913), intitulée "Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée", présente trente images (techniquement appelées bois) du dessinateur Raoul Dufy, chacune suivie d'un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabes ou alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons rendu le processus plus complexe en étendant l'extrémité bordée à deux petites pages et, surtout, en travaillant de manière plus dynamique sur le degré : si Apollinaire commentait le lapin, l'image et le petit épigramme étaient simplement intitulés "Le lapin", sans plus attendre nous avons enrichi le jeu en lui donnant une dimension plus aléatoire et automatisée d'un déclencheur poétique : l'imaginatif prend la photo et l'appelle selon son inspiration mais évite sciemment des titres descriptifs univoques en faveur des titres réels, au sens fort. Ainsi, un papillon bleu dans une fougère ne sera pas appelé "papillon bleu dans une fougère" mais "Dans la chaleur des langues". Ce faisant, le créateur de l'image, qui est aussi écrivain, en plus de fournir le cadre visuel crucial, fait avancer le projet poétique en formulant sans hésitation la direction décisive de ce que fera le poème, ajoutant que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques qui se manifestent et s'expriment ici proviennent également de l'imagination. Il est évident qu'une tendance importante de la poésie moderne évolue vers la miniature : à l'époque d'Homère et aussi à l'époque de Malherbe, des œuvres entières pourraient être écrites en versVictor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, clôturant ainsi cette marche endiablée d'ode, d'élégance et d'attitude. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème s'adresse au monde du petit, du fin, du intériorisé Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s'approprie Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot, le foufou ainsi que la langueur, la vague de l'âme et la sagesse. La poésie n'est plus un art majeur, mais en conséquence, elle est plus libre que jamais. Faire des vers libres, c'est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héréditaire à la plus improvisée, selon le problème à résoudre, on procède sans hésitation et sans devenir complexe. L'idée de bestiaire, inspirée d'Apollinaire, se perpétue, se complexifie et se raffine car mon image est très proche de la nature zoologique et botanique, sans être pastorale, tout cela est certainement très bucolique. C'est un hymne inconditionnel d'amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n'appartient à personne mais à qui nous avons tous une responsabilité cruciale de respect.